Source : Soumaïla CISSÉ - Posté le 17 Novembre 2016
 
URD MALI
la conférence annuelle de l'Alliance des Libéraux et Démocrates pour l'Europe, le Pacifique, l'Afrique et les Caraïbes (ALDEPAC). Du Jeudi 10 Novembre au Dimanche 13 Novembre 2016 à Lomé au Togo

UNE SOCIÉTÉ LIBÉRALE COHÉSIVE : EXCLUSION SOCIALE - AUTONOMISATION -?PARTICIPATION ACTIVE DANS LA SOCIéTé - ÉCONOMIE SOCIALE - ÉRADICATION DE LA PAUVRETé

 

Chères amies, chers amis, Du Jeudi 10 Novembre au Dimanche 13 Novembre 2016, j'ai séjourné à Lomé au Togo. J'ai participé à la conférence annuelle de l'Alliance des Libéraux et Démocrates pour l'Europe, le Pacifique, l'Afrique et les Caraïbes (ALDEPAC). Le thème de la conférence était : ‘‘Des solutions économiques, sociales et environnementales inclusives pour accompagner la migration : une stratégie libérale’’. La cérémonie a été présidée par le Président de la République Togolaise Son Excellence M. Faure E. GNASSINGBÉ. J'ai délivré une communication sur le thème : "Une société libérale cohésive : Exclusion sociale – Autonomisation - Participation active dans la société - Economie sociale - Éradication de la Pauvreté’’.
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Salutations aux honorables participants…

Mesdames et Messieurs,

Avant de vous livrer mes réflexions et prospectives sur le thème de notre session, en toute liberté d’opinion et dans un esprit constructif d’ouverture et de dialogue à toutes les sensibilités ici présentes, je me dois en tant qu’élu national du peuple souverain du Mali, rappeler que mon pays a perdu 632 de ses enfants en 2014 et 2015 en Méditerranée, mer cimetière, pour avoir espéré ailleurs un sort meilleur, mais surtout, exploités, humiliés, asservis et trahis par des criminels africains. Oui, je le dis bien : des criminels de notre continent. Pour le seul appât-requin du gain !

Au-delà de ma colère et de ma tristesse, auxquelles j’associe mes ami(e)s des autres pays également frappés par ce fléau, ce bilan humain est inacceptable. Il est bien de notre responsabilité de s’attaquer aux racines du mal, et de proposer et d’imposer les ressources sociales, économiques, entrepreneuriales et sociétales afin que notre Afrique ne soit plus systématiquement et perpétuellement ni en deuil migratoire, ni au seuil de la pauvreté.

Nous le savons bien : les flux migratoires sont un phénomène de masse depuis des siècles, autrefois nord-sud, aujourd’hui majoritairement sud-nord et sud-sud. Même si ces flux, il faut le rappeler, sont proportionnellement moins importants qu’il y a cent ans, comparativement à cette période, ils génèrent une somme plus importante de tensions, voire de violences.
Tensions relayées et exacerbées du fait d’un monde connecté à l’immédiateté d’une actualité par internet, souvent sans filtres ni modération, et – on peut le regretter – parfois par une certaine incapacité à comprendre ce qui est en jeu ! D’où l’importance que l’information soit triée en fonction de notre aptitude ou non à éclairer ce qui est, précisément, en jeu.
Tensions qui ravivent également le rejet des autres par une partie importante des opinions publiques, notamment occidentales, et dont les responsables politiques n’arrivent pas ou partiellement à endiguer la montée, pour de multiples raisons.

Il faut cependant se garder de toute certitude et demeurer modeste, car celui qui comprend, comme celui qui agit, ne connaissent jamais tous les éléments, même s’ils sont les deux à la fois. Car le responsable politique – et nous le sommes – doit résoudre des problèmes qui lui sont imposés. C’est pour lui en permanence une course contre la montre… Il n’a souvent droit qu’à une bonne réponse et donc ses erreurs sont irrattrapables. Et l’histoire – tout comme le citoyen-électeur – le jugera sur la perspicacité avec laquelle il aura animé et réussi le changement espéré et réclamé.

Ce propos liminaire est bien dans l’esprit de cette session qui nous invite à débattre sur une « société libérale cohésive ».

Cohésive ! Un adjectif si peu imprégné dans les discours et si peu imprimé dans les esprits ! Mais quelle force dans cet adjectif : «qui assure la cohésion, l’unité de quelque chose» !
Cohésive complétant libérale ! Un autre adjectif qui apporte à chacun, mais dans un cadre collectif, des solutions et lui donne la liberté de choisir…son destin, son développement, sa solidarité.
Ces deux adjectifs soutenant le noble mot : société !
Ce rassemblement et cet assemblage de différences entre des êtres humains qui vivent ensemble et partagent une organisation commune d’intérêts, caractérisée par des institutions, des lois et des règles qui la font progresser.

Cette « société libérale cohésive », parce qu’elle concerne des millions de femmes et d’hommes d’Afrique et son impétueuse, talentueuse et si nombreuse jeunesse, ne peut les fédérer et les agréger avec nous que si nous, dirigeants à et de tous niveaux, nous nous impliquons entièrement et par voie de conséquence, les impliquons totalement à nos côtés.
C’est une question, au-delà de convictions et d’obligations, de méthodes.
Méthodes qui me rappelle ce que formulait lucidement Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des États Unis, caractérisé par sa volonté d’aider la communauté…dont les populations, venues des quatre coins du monde, était déjà si différentes entre elles.
Benjamin Franklin disait : «Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends».

Impliquer, voilà notre mission, notre responsabilité, notre objectif.

1) L’exclusion sociale.

L’exclusion sociale n’est pas un problème résiduel et limité, mais se révèle comme un problème crucial et structurel dans notre société en crise. La répartition inégale de la richesse constitue la base de la rupture sociale qu’engendre l’exclusion, résultat d’une stratégie trop souvent ni ambitieuse, ni hardie, ni stable de gestion de ces inégalités. Principalement par les États.
Cette situation souligne donc que le problème de l’exclusion est à la fois individuel et global.
Individuel parce que ce terme constate qu’il y a des exclus, avec leurs vécus engendrant des drames humains mais pouvant aussi entraîner des solidarités nouvelles.
Global surtout parce que révélateur d’une crise profonde des modalités de régulation qui jadis cimentaient la société et se transmettaient.
La mondialisation accélérée de l’économie a fracturé cette régulation et éclaté son cadre étatique. Les marchés nationaux se sont vus marginalisés au profit de politiques d’ouverture et de contraintes de compétitivité.
Contre l’exclusion, il faut donc repenser et dynamiser l’économie.
L’économie libérale sait s’imposer des choix éthiques et des objectifs qui guident la gestion du social par des politiques de développement qui luttent contre et réduisent l’exclusion.
Et signe du temps présent, l’exclusion crée la migration.
Contre cette migration, seule l’inclusion peut en stopper les néfastes conséquences.
Le défi est ardu, compliqué, complexe. Mais le défi doit être relevé.
L’état-providence ne peut plus être le seul garant et acteur d’une inclusion. Il a besoin de partenaires : l’entreprise, l’institution locale, nationale et internationale, l’investisseur étranger et surtout le citoyen.
Élu national, c’est sans doute ce statut de citoyen qui est le défi que je dois réussir à relever. La prise de conscience de la citoyenneté, avec ses droits et ses devoirs, est un incontestable levier pour la re-cimentation de la société, pour convaincre qu’il faut faire plus pour elle, même par petites étapes ou modestes actes, pour entraîner à oser, oser encore et puiser dans l’innovation, l’audace et l’échange, une énergie mobilisatrice et créatrice d’emplois.
Élu national, c’est chercher, avec le citoyen, la source en lui et autour de lui qui va faire surgir des ressources. Pour lui, pour son entourage.
Le débat qui va suivre nous donnera sans doute des pistes prospectives sur le sujet.

2) L’autonomisation.

Ce processus tend à prendre de plus en plus d’importance, notamment pour les femmes et la jeunesse… parce qu’il donne à ces groupes les moyens de participer pleinement, souvent avec une intelligence rare et une énergie décuplée, à la vie économique locale ou régionale dans bien des secteurs.
Avec de plus en plus souvent une coopération internationale de par des stratégies et des programmes multisectoriels.
Il ne me semble pas nécessaire ici de dérouler les avantages et bienfaits de l’autonomisation, mais de l’encourager afin qu’elle se multiplie.
L’autonomisation participe aussi à freiner la migration… entre autres aspects positifs, parce qu’elle crée de l’indépendance. Cette indépendance crée plus d’égalité, de possibilités de promotion, d’accès aux ressources économiques, à la terre, au crédit ou micro-crédit, à la technique voire la science, à la formation, l’information, la communication.
L’autonomisation donne donc un pouvoir d’action…
Et un être en action en son village ou en son pays aura moins la tentation de le fuir.
Élu national, prendre le temps et reprendre le temps de favoriser l’autonomisation est une obligation majeure, voire morale, envers les femmes et la jeunesse.
Élu national, encourager toutes les initiatives, les accompagner y compris par des solutions de conseils et d’expertises extérieures, et des possibilités de financement, diffuser largement les réussites auprès de celles et ceux qui n’osent pas… ou pas encore, voilà aussi ma responsabilité pour lutter contre la migration.

3) Participation active dans la société.

Ce souhait depuis quelques années est devenu une réalité, faisant l’objet d’ailleurs dans bien des pays d’une législation avec ses obligations. Elle concerne plus précisément l’entreprise face à des consultations pour des marchés de toute nature.
Peut-être faut-il relever que parfois la complexité administrative d’un dossier refroidit les ardeurs à le constituer… et qu’il peut également y avoir suspicion quant à la transparence des résultats d’attribution… sans parler non plus du poids financier ou d’influence de certains soumissionnaires qui entraînent de facto l’élimination de structures moins solides… sans qu’elles soient moins performantes.
De plus en plus d’ailleurs, quelques aménagements sont opérés afin que l’entreprise locale, régionale ou nationale puisse être privilégiée, à compétences identiques. Afin de maintenir l’emploi, voire d’en créer !
Élu national, je plaide évidemment pour que cette option préférentielle, bien évidemment encadrée et contrôlée, puisse être effective, au moins dans une proportion équilibrée.
La mondialisation et les libertés économiques qu’elle impose, ne doit pas condamner cependant la vie économique locale. Surtout en certains de nos pays africains qui restructurent et développent leurs sites et moyens productifs afin de conserver l’emploi.
Les déclarations d’aide au développement de l’Afrique pourraient être appliquées par cette disposition spécifique, façon concrète de maintenir au pays une population qui n’aurait pas de raisons de migrer.
L’Afrique ne peut pas se contenter de déclarations d’intention d’aide et de soutien à son essor et à terme de sa stabilité et de sa croissance. Elle mérite des adaptations intelligentes et pertinentes dans sa vie économique afin de grandir et de s’épanouir en son continent. Surtout que d’ici 15 à 20 ans, sa population va croître de 500 millions d’habitants… Autant anticiper !

4) Économie sociale.

Économie sociale à laquelle se rajoute la notion de solidaire !
Oui donc à ces structures, de plus en plus nombreuses, entreprenantes et innovantes, qui cherchent à concilier utilité sociale, solidarité, performance économique et gouvernance démocratique, avec pour ambition de créer des emplois et de développer une plus grande cohésion sociale.
Oui donc à ces structures qui recyclent, inventent, améliorent, mobilisent et fédèrent… à partir d’une observation de leur environnement, à partir d’une idée si simple qu’elle devient fructueuse avec peu de moyens…
Oui à ces structures qui forment à l’esprit d’équipe, qui alimentent l’esprit civique, qui nourrissent l’esprit de responsabilité, qui confortent l’esprit de citoyenneté.
Élu national, j’appelle à encourager et à développer cette économie sociale et solidaire parce qu’elle agit sur le terrain local, tisse des liens et participe au maintien ad domo de populations peu spécialisées ou techniquement formées, mais volontaires pour apprendre un métier.
Élu national, comme pour l’autonomisation, c’est ma responsabilité que d’accompagner, sous les formes déjà évoquées, cette filière économique.
Plus elle s’enrichira de nouvelles structures, moins la tentation de la migration sera là…notamment pour la jeunesse.

5) Éradication de la pauvreté.

Même si une journée mondiale alerte les opinions sur ce fléau, qui est considéré par les instances onusiennes comme « le défi le plus important », on peut légitimement s’interroger sur le fait que ce « défi le plus important » suggère l’existence d’une hiérarchie des problèmes de ce monde, parmi eux la migration, dont la pauvreté occuperait le rang le plus haut…
La pauvreté résulte aussi et certainement de la convergence d’autres crises comme la corruption, le désordre écologique, les dettes structurelles étatiques, etc.
Et toutes ces crises sont bien la conséquence de l’implication des actions humaines, inutile de se persuader du contraire.
Je n’ai bien sûr pas de recettes ni de conseils à proposer pour éradiquer la pauvreté et je ne peux que souscrire aux axes forts et incontournables en la matière que préconisent les organisations mobilisées, constatant qu’ils sont cohérents et unanimes sur les moyens à développer et investir.
Élu national, ma responsabilité est de veiller au respect des engagements, à en vérifier la parfaite tenue et à sans cesse être en vigilance et en recherche de solutions ou actions qui ont réussi ailleurs.

Mon intervention, vous l’avez compris, se voulait un témoignage, une analyse et une vision sur la migration par mon regard d’élu.
Durant ce forum, l’élu que je suis a beaucoup à apprendre, à recueillir d’informations, à échanger.
L’élu que je suis aura ensuite à passer à l’action, en son pays, pour faire bénéficier ses concitoyens des acquis de ce forum.

Dans un seul but : faire que le moins possible de mes frères et sœurs africains quittent mon pays pour migrer, le désespoir au cœur, vers des horizons… sans horizon, avec le risque de ne pas les atteindre.

Je vous remercie.


 

Soumaïla CISSÉ
17 Novembre 2016
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